Dans le débat toujours actuel sur la grandeur du cyclisme, Joxean Fernández Matxin, l’influent manager sportif de l’équipe UAE Team Emirates, a défendu avec passion l’importance des exploits de son leader, arguant que les victoires remportées sous sa direction revêtent une dimension historique unique, même comparées à celles d’une légende belge.

Sans minimiser directement l’héritage d’Eddy Merckx, largement considéré comme le plus grand cycliste de tous les temps, Matxin a insisté sur le fait que le cyclisme moderne présente des défis qui rendent les triomphes d’aujourd’hui sans doute plus complexes et exigeants. Lors d’une récente interview, le manager espagnol a souligné l’évolution de ce sport, des progrès de la science du sport à la sophistication tactique, en passant par l’immense niveau de la compétition mondiale.
Au cœur de la défense de Matxin se trouve son coureur vedette, Tadej Pogačar, dont le palmarès continue de s’étoffer à un rythme effréné. Des Grands Tours aux Monuments, Pogačar a fait preuve d’une polyvalence qui n’est pas sans rappeler celle de Merckx lui-même. Cependant, Matxin estime que les exploits du Slovène méritent une reconnaissance particulière compte tenu du contexte de l’époque.
« Le cyclisme d’aujourd’hui est différent », a déclaré Matxin. « Le peloton est plus fort, la préparation est plus scientifique et chaque équipe a accès aux données, à l’entraînement en altitude, à des experts en nutrition et à du matériel de pointe. Gagner aujourd’hui exige la perfection. »
Merckx a dominé la fin des années 1960 et les années 1970, remportant cinq Tours de France, cinq Giros d’Italia et de nombreuses Classiques, dans une époque que beaucoup décrivent avec nostalgie comme héroïque et authentique. Mais Matxin souligne que le paysage compétitif était moins concurrentiel à l’époque. Le peloton actuel est international, plus jeune et dopé par une technologie qui élimine la moindre erreur.
Le style de course agressif de Pogačar, sa propension à attaquer de loin et sa capacité à performer sur tous les terrains ont inévitablement suscité des comparaisons avec Merckx. Pourtant, Matxin insiste sur le fait que les comparaisons doivent tenir compte du contexte plutôt que de la nostalgie. « Nous respectons l’histoire », a-t-il affirmé. « Mais nous devons aussi prendre en compte la difficulté de gagner aujourd’hui. »
Le patron de l’équipe des Émirats arabes unis a également souligné la pression psychologique que subissent les champions modernes. Sous le feu des projecteurs médiatiques, les commentaires sur les réseaux sociaux et le poids des attentes des sponsors internationaux, les coureurs sont confrontés à un niveau de visibilité inconnu des générations précédentes. Chaque mouvement est analysé, chaque stratégie disséquée en temps réel.
De plus, les réglementations antidopage, les passeports biologiques et les contrôles continus ont profondément transformé le cyclisme professionnel. Selon Matxin, le succès dans cet environnement rigoureux souligne la légitimité et le mérite des champions contemporains.
Le débat reste néanmoins passionné parmi les fans. Les supporters belges vénèrent l’ère Merckx, considérant sa domination comme inégalée. Les jeunes fans, quant à eux, voient en Pogačar l’incarnation de la brillance du cyclisme moderne : intrépide, polyvalent et d’une ambition sans faille.
Ce qui demeure indéniable, c’est que la grandeur transcende les époques, même si elle se manifeste différemment. Merckx a défini la domination par l’accumulation et le nombre impressionnant de victoires. Pogačar, guidé par la vision stratégique de Matxin, la définit par l’audace et la constance dans une ère ultra-compétitive.
Alors que le cyclisme continue d’évoluer, les comparaisons persisteront. Mais le message de Matxin est clair : l’histoire doit inspirer le respect, non la hiérarchie. À ses yeux, le plus grand mérite réside non seulement dans la victoire, mais aussi dans la difficulté du chemin parcouru.
Et dans le paysage cycliste actuel, ce chemin est peut-être plus escarpé que jamais.
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