Le nom de Mathieu van der Poel est depuis longtemps synonyme de suprématie en cyclocross. Titres mondiaux, domination sans partage et une maîtrise quasi artistique de la boue ont marqué ses hivers pendant plus d’une décennie. Pourtant, à l’approche de la saison 2026, le discours autour de la superstar néerlandaise a subtilement mais résolument évolué. La question n’est plus de savoir combien de trophées de cyclocross il peut encore remporter, mais si la route – et la présence imposante de Tadej Pogačar – commence à redéfinir ses priorités futures.
Van der Poel demeure un phénomène, toutes disciplines confondues. Il a conquis des monuments sur route, brillé en VTT et régné sur le cyclocross avec une autorité que peu peuvent égaler. Cependant, l’ascension de Pogačar comme force incontournable du cyclisme moderne a bouleversé le paysage compétitif. Là où le cyclocross offrait autrefois à van der Poel une scène pour exprimer une domination quasi totale, la route représente désormais un défi bien plus grand – et peut-être un héritage plus tentant. L’ambition dévorante de Pogačar, son appétit insatiable pour les monuments, les Grands Tours et les courses d’un jour, a redéfini ce que signifie être un coureur complet à notre époque. Pour van der Poel, se mesurer à une telle référence n’est plus une simple hypothèse ; c’est devenu une affaire de plus en plus personnelle. Leurs confrontations sur des courses comme le Tour des Flandres et Paris-Roubaix ont laissé entrevoir une rivalité qui pourrait marquer toute une génération, à condition que van der Poel s’investisse davantage sur route.
Cette attirance croissante a des conséquences concrètes. Le cyclo-cross exige une concentration hivernale intense, une fraîcheur physique optimale et un engagement mental sans faille. Chaque campagne sur route comporte des risques – chutes, maladies ou fatigue – qui peuvent compromettre les ambitions printanières. Pour un coureur visant les monuments et, potentiellement, des objectifs plus ambitieux sur le Tour de France, ces risques sont plus importants que jamais. Le compromis entre gloire hivernale et longévité sur route devient de plus en plus difficile à ignorer.
Selon des sources bien informées, la réduction du nombre de courses de cyclo-cross auxquelles van der Poel participe ces dernières saisons n’est pas le fruit du hasard. Plutôt qu’une perte d’amour pour la discipline qui l’a rendu célèbre, il s’agit d’une évolution mûrement réfléchie. Il n’a plus grand-chose à prouver en cyclocross ; son palmarès le place déjà parmi les plus grands de tous les temps. La route, en revanche, soulève encore des questions, surtout à une époque dominée par les performances exceptionnelles de Pogačar.
Pourtant, il serait prématuré de parler d’un adieu au cyclocross. Le lien de Van der Poel avec cette discipline est bien plus profond que de simples résultats. Il fait partie intégrante de son identité, de son rythme et de son héritage familial. Un avenir où le cyclocross deviendra plus sélectif que central est plus probable : un outil pour affiner sa technique, renouer avec ses instincts et rappeler au monde ses racines.
En fin de compte, la présence de Tadej Pogačar a imposé un réajustement. Pour rester une figure emblématique de sa génération, van der Poel devra peut-être se concentrer sur les batailles les plus marquantes de l’histoire. Et dans le cyclisme actuel, ces batailles se déroulent de plus en plus sur la route. Le cyclocross fera toujours partie de son histoire, mais les prochains chapitres s’écriront peut-être à 50 km/h sur les pavés, les ascensions et les grandes étapes où les légendes se mesurent aux légendes.
Be the first to comment